On a dark desert highway (Baja California)

Notre périple à travers le désert

Une « autoroute » en Baja

Article par André

La majorité de la Baja California est vide. Il n’y a rien. Zip. Nada. Nothing. Rien pantoute. Le néan (vite, il faut sauver Fantasia). En fait, ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a des roches, du sable et des cactus en grande quantité et au milieu de tout ça une seule route. Et des plages, des kilomètres et des kilomètres de plages. Pendant nos 25 jours en Baja California, nous avons traversés de grandes étendues de pas grand chose époustouflant (les photos sont pas mal bonnes!), visités quelques petites villes isolées et rencontrés des gens biens sympathiques, tant locaux qu’expatriés.

Notre première nuit fut passée en groupe dans un terrain de camping vide qui accepte des dons volontaires afin de financer la construction d’une école. Notre petite caravane comportait, outre notre famille, un couple français voyageant en Westfalia, deux familles françaises de quatre en motorisé (camping car pour les européens) et une famille suisse de 5 en fourgon 4×4 aménagé. Nous avons voyagé ensemble à plusieurs reprises lors de nos 25 jours en Baja, ce qui a permis aux enfants de se forger de solides amitiés et, pour nous les adultes, nous a permis de domestiquer le Mexique quelque peu. Ou, plutôt, il nous a permis de dompter nos peurs et réviser nos idées préconçues sur ce dernier.

N’empêche que je conserve toujours une idée préconçue et elle reste solidement ancrée: les routes sont horribles. En fait, c’est presque un art raffiné ici au Mexique de rendre les routes terribles. C’en est tellement ridicule parfois, qu’on se demande s’ils le font exprès, soit comme moyen de défense contre les gringos envahisseurs, soit comme expérience darwinienne gigantesque, ou encore simplement pour rigoler. J’imagine alors des concours d’échanges de photos sur Facebook entre ingénieurs et travailleurs de la construction mexicains qui tentent tous de se surpasser avec des infrastructures de transport toutes pires les unes que les autres.

Je crois que j’ai réussi à vous faire comprendre que les routes sont mauvaises. À la toute fin je vais faire un petit annexe pour vous expliquer comment elles le sont. Pour l’instant revenons à nos moutons.

Notre convoi s’est tenu en un seul groupe pour quelques nuits puis, au fur et à mesure qu’on prenait confiance, certains des membres ont faits leur propre chemin. Nous inclus. Mais, hormis dans le nord de la Baja California (où nous étions en convoi), il n’y a qu’une seule route ici, alors on fini toujours par se croiser (et prendre un petit apéro).

La vie sur la route change notre perspective sur le temps. Avant d’entrer au Mexique nous étions déjà en mesure d’affirmer avoir complètement perdu la notion de jours, semaines, mois, saisons. La première chose qu’on remarque après quelques jours au Mexique, c’est que tout ralenti soudainement. Si nous avions perdu la notion du temps, maintenant nous avions oublié le concept lui-même. Nos 25 jours nous ont semblés à la fois une éternité et un claquement de doigts.

De grandes parties de la péninsule Californienne sont désertiques. Le sable et la poussière trouvent une façon de pénétrer dans toutes les crevasses, tous les recoins, tous les espaces derrières les tiroirs qu’on n’a jamais même ouvert. Mais, c’est le prix à payer pour camper dans le désert et… sur la plage! Nous avons eu la chance de séjourner très, très souvent seuls sur des plages paradisiaques, le BBQ sorti avec un poissons fraîchement attrapé qui grille, les chaises installées sous l’auvent, les enfants jouant sur la plage et une Michelada bien froide entre les mains. Slow time.

Oui, le temps a ralenti et nous en avons profités pour être en famille. Les enfants (petits et grands) on pêchés. Au début, ça ne mordait pas. Notre équipement d’eau douce ne faisait pas l’affaire. Mais, à force de parler avec des locaux et observer leurs techniques et l’équipement, nous avons réussis à assembler un kit de pêche plus approprié pour pratiquer le sport depuis la plage, mais il me manquait encore une canne à pêche plus longue et rigide. Les commerces ici sont très peu communs (c’est le désert!) et leur inventaire a tendance à être maigre et coûteux.

Mon gros 4×4 qui me manque.
Mais celui-ci me ferait oublier Clifford!

Outre le désert qui ne demande qu’un gros 4×4 et des gallons de diesel, il n’y a que peut de lieux à visiter en Baja. Du nord au sud il y a… eh bien il n’y a rien dans le nord. Oui, il y a des villes mais rien que nous ne recommandions de visiter. En plein milieu de la péninsule il y a une petite ville industrielle sans attraits particuliers du nom de Guerrero Negro. Elle est adjacente à une Baie où (en saison) on peut observer les baleines grises. Nous n’étions pas en saison.

Nos allemands malchanceux et le doigt de Geneviève.

Mais nous avons rencontrés un couple d’Allemands qui avait brisé la transmission de leur VR européen. Oups. On leur promettait que tout serait réparé en 7 jours. C’est long mais bon, encore chanceux qu’ils puissent faire réparer. Je leur ai parlé récemment. Ça a pris environ 5 semaines. Oups. En fait, il y avait un attrait: une saline. Une énorme étendue de bassins où on fait évaporer de l’eau de mer pour faire du sel. Des kilomètres et des kilomètres de sel. Ça a occupé un après-midi pour nous. Je ne sais pas si ce couple Allemand a eu la chance de faire la visite plus d’une fois lors de leur séjour à Guerrero Negro…

Il y a aussi San Ignacio, qui est un petit Oasis au milieu du désert. Il y a Santa Rosalia qui a un petit noyau charmant et où peut trouver une excellente baguette française. Toutefois, l’administration de Santa Rosalia, qui se trouve sur la côte est de la péninsule et où un fort vent dominant souffle vers l’est (et donc vers la mer), a décidée de placer un énorme dépotoire de surface à ciel ouvert à 10 mètres de la Mer de Cortez. Eh oui, le vent pousse tout (TOUT) dans la mer. Dommage.

Il y a aussi Mulegé, où les poissons sautent sans cesse dans les canaux et au large et où Isaac a attrapé le poisson le plus laid du monde. Désolé, pas de photo. J’ai eu trop peur. Il y a la Bahia Concepcion, où nous avons vu une plage qui pourrait être candidate pour la plus belle du monde.

Aux trois quarts du chemin entre la limite nord de la Baja et la pointe sud, il y a Loreto. Une belle ville de style coloniale un peu infestée de gringos mais qui, néanmoins, a beaucoup de charme. Justement, nous y avons rencontrés un dénommé “Alberta Al” qui nous a offerts plusieurs bières, a jasé avec nous longuement et qui, lorsque j’ai commenté que je ne trouvais pas de canne à pêche appropriée, m’en a donnée une! Qui dit que le Québec et l’Alberta ne peuvent pas s’entendre? Peu de temps après nous avons connus beaucoup de succès. Geneviève a également eu beaucoup de plaisir à nager avec les nombreuses raies que l’on trouve dans les eaux peu profondes près de la plage. Une caméra épreuve à l’eau eut été utile.

Puis il y a La Paz. Une belle grande ville avec un Malecon (bord de l’eau) impeccable et possiblement les meilleurs tacos de notre voyage jusqu’à présent. Geneviève tenait absolument à voir les festivités du jour des morts et ce depuis longtemps. C’était l’un de ses rêves et tout le monde à qui nous parlions disait la même chose: Allez à Todos Santos. Il y a également une plage spleeeeeeedide au nord de la ville.

Plage au nord de La Paz

Todos Santos est justement la prochaine petite ville que l’on croise après La Paz. Nous y sommes arrivés un peu à l’avance et avons célébrés l’Halloween avec certains de nos co-convoiristes en se promenant de commerce en commerce pour demander des bonbons. Les enfants étaient tellement heureux, même avec leurs costumes improvisés à la dernière minute. La seconde journée nous avons profités des pré-festivités de la fête des morts à la plaza centrale. Il y avait des gens costumés pour le concours de Catrina et les hotels étaient tous décorés, il y avait de la bonne nourriture de rue et une présentation de Coco (le film) . Le jour des morts nous nous sommes présentés à la Plaza centrale pour les grandes festivités qui étaient annoncées partout. Et… nous avons “virés de bord”. Il fallait payer jusqu’à 10 000 pesos pour entrer (ce n’était indiqué nulle part!). Il y avait apparemment une très grande chanteuse mexicaine et les places étaient (très) limtées. Bon… dommage. Bière pour nous et jus pour les enfants sur une terrasse alors!

Ensuite, il y a Los Cabos. Le sud de la péninsule. Les deux grandes villes sont… correctes. Ce sont d’énormes destinations touristiques et donc il y a de gros hotels, les plages sont extraordinaires (nous avons eu un coup de coeur pour la Playa Santa Maria) et tout est très cher (comment les locaux vivent-ils ici?). Mais, à la sortie d’un Walmart, un représentant bien enthousiaste nous a offert trois jours d’accès à un resort, un buffet et la nage avec les dauphins pour les enfants si nous acceptions d’aller écouter une présentation sur des “Time Share”. Vous savez, cette formule selon laquelle on devient membre d’un club qui partage le temps d’un propriété entre plusieurs propriétaires. D’accord, pourquoi pas? Une heure et demie contre tout celà nous semblait en valoir la peine. C’est ainsi que nous avons fait la farniente sur le bord de la piscine et que les enfants on nagés avec des dauphins. Le tout pour 0$. Isaac a même appris à nager sans flotteurs!

Tout juste avant de prendre le traversier pour Topolobampo, nous avons séjournés quelques jours splendide sur la côte est et la pêche a littéralement explosée. Les enfants se sont baignés, nous avons grillés du poisson et notre bronzage s’est grandement amélioré.

Ah oui, j’allais presque oublier. La plongée en apnée a été splendide partout. Ça tombe bien parce que c’est l’un des dadas de Geneviève. Nous songeons justement à acheter une GoPro épreuve à l’eau afin de partager nos futurs aventures sous l’eau avec vous.

Notre expérience pour réserver une place sur le traversier ressemblait un peut trop à la traversée de la frontière mais, heureusement, nous avions depuis développé une patience et une connaissance de la manière que fonctionne la bureaucratie mexicaine. Finalement, nous avons réussis à payer moins que la moitié du prix affiché. Une bonne fin pour notre aventure en Baja.

Bon, maintenant je vais chiâler et ça va faire du bien. Voici un petit annexe énumérant de manière non-exhaustive les problèmes de routes Mexicaines (mais surtout de la Baja):

  • Parfois il y a des trous. Des nids de poules, on ne s’en fait pas avec ça. Ici on ne se donne pas la peine d’éviter quoi que ce soit de plus petit qu’un nid d’autruche. Et les nids de brontosaures, qui menacent d’arracher un essieu ou, pire, la valve du réservoir des eaux noires à chaque fois qu’il est impossible d’en éviter un, sont plus communs qu’on ne le croirait. Ils sont présents partout saufs dans les villes les plus riches et les autoroutes payantes.
  • Parfois, au lieu de trous, il y a des bosses, voir des sauts qui, si on les frappe à la limite de vitesse affichée, font quitter du sol les roues du véhicule!
  • La signalisation est soit déficiente, soit inexistante, soit schizophrène. Plusieurs routes n’ont aucune limite de vitesse indiquée. Parfois on peut voir 4 panneaux en l’espace de 300m sur une autoroute et ils indiquent tous une vitesse différente. Parfois la vitesse saute de 60 à 100 km/h 150m avant la courbe la plus serrée et dangereuse qu’on puisse imaginer (et qui doit être entreprise à 40 km/h tout au plus). Il n’y a souvent pas de panneaux d’arrêt (Alto ici) et s’il y en a ils sont souvent placés au mauvais endroit. Nous avons vus, entres autres, de l’autre côté de la rue, 50m avant l’intersection, peinturé sur un immeuble et un panneau tellement vieux qu’il était rendu au métal nu. Ah, et il ne faut pas oublier que souvent, il y a des panneaux qui indiquent que la vitesse est réduite (pour une ville ou un arrêt d’autobus sur l’autoroute) mais il n’y a presque jamais de panneau indiquant que la vitesse est rehaussée. On doit donc deviner quand on pense qu’on peut conduire plus vite. Ou on peut faire comme les locaux et ignorer toute la signalisation.
  • La signalisation pour les travaux de construction n’est jamais enlevée une fois les travaux terminés et est fréquemment déficiente lorsque les travaux sont toujours en cours. Ainsi, on peut rouler à 90 puis soudain des affiches nous affirment qu’on doit ralentir et circuler à 40 car il y a des travaux, mais il n’y en a pas! Le résultat? Tout le monde ignore toujours la signalisation pour travaux. Le pire c’est quand il y a des affiches indiquant de prendre un détour (souvent une piste de terre atroce) et qu’on se rend compte par la suite que la route était en fait praticable.
  • Les routes sont souvent étroites et sans accotement. De sortes qu’il n’y a environ que 20 cm de voie de part et d’autre du véhicule. En plus de ne pas y avoir d’accotement, la bordure de la route est souvent un fossé profond. Le problème est accentué par le fait qu’ils ont la mauvaise habitude ici de rajouter du bitume par dessus la vieille chaussée chaque fois qu’ils rénovent une route plutôt que d’enlever le vieux revêtement. Le résultat est que même s’il y a un accotement, il se peut qu’il y ait un dénivelé de 30 cm entre celui-ci et la chaussée.
  • Parfois, il n’y a plus de route en raison de travaux. Plutôt que de faire une voie de déviation pavée, il est fréquent de faire circuler les gens sur des sentiers de terre battue parallèles à la route en construction. À d’autres occasions, on nous a fait passer pendant de longs, longs kilomètres par ce qui semblait être d’anciennes pistes de mulets. Il y a eu un segment de 100 kilomètres de notre voyage qui s’est composé de segments de 300-500m de routes pavés suivis de détours variant de 1 km à 30 km sur de tels sentiers. C’est à ce moment que notre vieux camion de pompier Clifford 4×4 m’a manqué le plus.
  • Les topes. Aussi connu sous le nom de reductor de velocidad. Ils peuvent prendre plusieurs formes. Dos d’ânes abruts qui secouent tout le véhicule. Dos de brontosaures, pareils comme les dôs d’ânes mais biens plus gros. De nombreux mini dos d’ânes en succession rapide qui font vibrer jusqu’a vos os. De villains petits domes métalliques qui menacent de déformer vos pneus. Ils peuvent être peints ou non, ils peuvent être accompagnés d’une affiche qui vous avertis de leur présence ou non. Ils peuvent être placés tout juste aprés un virage aveugle dans l’ombre d’un bâtiment dans une zone de vitesse élevée sans affiche signalétique (mais étrangement à proximité d’un commerce de réparation de pneus). Les topes ont eu raison d’au moins un véhicule dans notre convoi jusqu’à présent, nécessitant des travaux de soudure au châssis pour réparer les dommages causés.
  • Il y a des vaches en liberté partout.

Bref, il faut faire attention. Ah j’allais oublier, ça vibre. Presque tout le temps. J’ai été obligé de rajouter des vis partout et dans tout pour empêcher le VR de se désintégrer.

Mais vous savez quoi? Ça en vaut la peine. Nous avons trouvés des plages désertes. Nous avons passées des soirées merveilleuses en compagnie de nouveaux amis. Nous avons vus des paysages uniques. Nous rencontrés des Mexicains souriants et invitants. Nous avons changé de rythme de voyage et nous sommes heureux.

À la prochaine!

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