Le jour où tout a changé

Article par Geneviève

Vous vous douterez que l’article suivant parlera des semaines du 11 et du 18 mars. C’est là que tout a basculé.

Oui, André, Isaac et Loïc ont tous mis leurs masques à l’envers.

Nous parlions déjà depuis une semaine de ce qui se passait avec le coronavirus mondialement. À la mi-mars, il n’y avait pas de cas en Amérique centrale et moins de 10 cas au Québec et c’est pourquoi nous avions pris la route du Salvador. Nous avions pour plan de visiter le pays (qui est tout petit) très rapidement et de tracer vers le Costa Rica pour se louer une maison et farnienter* un petit mois, peut-être même d’y suivre des cours d’espagnol qui sait.

Le passage à la douane s’est bien passé mais nous a pris 4h30 car il y avait des problèmes avec leur système informatique. Nous avons aussi vu des infirmières qui nous ont dit que comme nous venions de passer 2 mois au Guatemala, une prise de température n’était pas nécéssaire pour entrer dans le pays.

Tout de suite après la douane, il y avait un champ geothermal. C’était réellement épeurant et excitant de marcher en contournant les cheminés qui expulsaient de la vapeur à 180 degrés. Le sol bouillait litéralemement sous nos pieds.

Un peu plus loin il y avait des sources thermales alors on s’est dit:
« Enweille pour une saucette« , mais QUELLE erreur!

En 2 minutes nous avions des centaines de petits parasites gros comme des fourmis en forme de têtards accrochés sur nous. Un gros beurk! Bref, on ne s’est pas baignés longtemps ce qui heureusement nous a laissé le temps, le jour même, de tracer la route vers la capitale où André devait encore voir le dentiste.

Moi en train de me rendre compte que des centaines de trucs noirs s’accrochent à ma peau.

C’est ce soir là que le Salvador a fermé ses portes. À l’époque, on trouvait ça tôt car il n’y avait pas de cas ici. De toute façon, il nous était encore possible de sortir vers le Honduras alors on s’est dit qu’on allait faire vite.

Alors, André a vu le dentiste qui lui a dit qu’il aurait besoin de 2 rendez-vous supplémentaires à 1 semaine d’interval. Ouais! On change le plan. Juste pour vous dire qu’on est à 6-7 rendez-vous de dentistes déjà…On a donc visité un peu le pays et puis la super dentiste (famille d’un ami du cegep/ université) nous a invité chez elle.

Parc aquatique Thermos del rio
Superbe église gothique de Santa Ana
Une piscine qui se remplie avec l’eau de la mer
Des super duper pupusas
Les maisons colorés d’Ataco

Chez Éveline et Wilfredo c’était vraiment cool de ne pouvoir parler qu’en espagnol. C’était un bon coup de pied au derrière pour moi et ces gens étaient si gentils. C’est là que tout les pays ont fermés leurs frontières. Bon ok, on va louer une maison ici se dit-on. Éveline avait justement la maison pour nous, maudit que la vie est belle!

Il fallait quand même aller allonger nos visas. Vous auriez dû voir la file à l’immigration le lendemain. Ouf! Bien sûr il nous fallait pleins de documents que nous n’avions pas et nous devions y retourner le lendemain. C’est là que tout s’est corsé…

Au bureau de l’immigration prise numéro 1

Nous sommes retournés chez Wilfredo et Éveline pour la nuit puis un voisin a eu peur de nous (les voyageurs) alors il a appelé la police. Ce fut un spectacle mémorable. Les gros fusils, le docteur avec ses lunettes de ski… Il entre et nous dit en espagnol évidemment: c’est juste pour le show, pour apaiser les voisins. Nos sauveurs hispanophones réglent ça pour nous, ils disent que tout va bien et que de toute façon nous avons loués une maison pour le prochain mois. Le docteur ne prend même pas notre température et rempli un papier.

Bon on est dans le trouble
Le docteur spectacle

Il nous dit que ce papier est pour dire que nous ne sommes qu’à très faible risques et qu’en cas de problème nous pourrons le montrer à la police ou à l’armé. Parfait, on signe.

Le lendemain, André part seul finaliser nos visas et quand on lui demande s’il est en santé, il répond oui j’ai même un papier qui le prouve. Moi j’attends à la maison de Wilfredo, il n’y a personne et c’est très long. C’est alors que Wilfredo rentre (plusieurs heures plus tard) et me dit qu’André s’est fait embarquer par la sécurité civile. Il est en détention car le papier qu’il a montré disait qu’il était en quarantaine à la maison que nous comptions louer et pas qu’il était en bonne santé. Aille! Aille! Aille!

Nous on fait quoi (maman, 2 garçons, 2 chiens)? On va à la maison louée? Impossible, les voisins nous refusent l’accès, nous sommes un danger pour eux. Laissez moi vous dire que de me cacher dans la maison où nous étions, que mon mari soit détenu et que je ne puisse pas me louer un endroit pour aller me faisait sentir un peu comme dans un film de la 2e guerre mondiale. Je n’essaye pas de dire que c’est la même chose que ce qu’a vécue Anne Frank, juste que l’émotion ressentie était très forte et la cacher aux enfants était très dur.

Le lendemain André est arrivé avec la police et encore les maudits guns. Ils nous ont amenés dans une chambre d’hôtel où nous ne pouvions sortir sous aucun prétexte. À ce moment on nous a dit ce sera 30 jours ici. Je n’allais pas vraiment mieux sauf qu’au moins nous étions ensembles. On nous a même nourris, très peu mais nourris.

Le souper. 1/2 Banane. De la Mayonnaise et un peu de fèves refrites. Pas mauvais mais pas beaucoup.

Vous devez savoir ceci: l’ambassade Canadienne était déjà dans le dossier et travaillait fort. Ici on gère la crise d’un poing très ferme. Le 11 mars quand nous sommes entrés la consigne était la suivante: les voyageurs peuvent entrer mais les gens en provenance de l’Europe doivent obtenir une prise de temperature. Le 12 mars la consigne était: les personnes qui entrent doivent faire une quarantaine de 30 jours. Jamais nous n’aurions tenté d’entrer dans le pays le 12. Nous serions passés par le Honduras. Notre soi-disant bris de quarantaine et notre confinement dans cette chambre étaient de toute apparence non conformes aux décrets gouvernementaux.. Bien qu’il n’y avait aucun cas dans le pays, nous étions quand même conscient du danger qui planait et nous avons fait les démarches pour louer une nouvelle maison afin de s’isoler. L’ambassade a tout organiser pour nous permettre de faire notre quarantaine dans un lieu de notre choix mieux adapté à une famille de 4 avec de jeunes enfants.

Le 21 en fin d’avant midi, la police diplomatique est venue nous chercher pour assurer notre protection. Juste avant leur arrivé, l’infirmière a tenté de nous faire signer un papier en espagnol qui disait que nous acceptions notre quarantaine à l’hôtel. Note à moi même: j’ai appris à ne pas signer un papier que je ne comprends pas. Maudite chance.

Alors la police diplomatique nous escorte jusqu’à l’épicerie où pour une raison que j’ignore il y a une file de 100 personnes qui attendent de rentrer. Plusieurs prennent des photos de moi et du vr. Je suis une star. Le policier me dit de faire l’épicerie pour 1 mois et me suit dans les allées. C’était gênant mais plutôt cool de sauter la file pour entrer dans l’épicerie et sauter la file à la caisse. Bref, à ce moment j’espère avoir vraiment acheté tout ce que ça me prenait pour si longtemps.

On arrive à la nouvelle maison dans laquelle on ne peut pas entrer avant de voir un médecin. Ok, je penses que j’ai eu ma dose de stress là, laissez moi aller me coucher. Bref le médecin arrive il nous donne son numéro perso, pas de contrat de quarantaine et nous dit qu’on pourra sortir dans 20 jours.

Merci la vie.

Nous voilà arrivés au paradis. En plus, monsieur le docteur nous refile des médicaments gratuits pour les bobos de tous les jours. Vous voulez voir notre château? Attendez le prochain article.

Une semaine de farniente et une semaine d’attente

Article par André

Coronavirus! Coronavirus! Vite courez (à l’intérieur de votre propre maison et ce sans sortir bien sûr)! J’écris ces lignes sur le balcon d’un villa louée au Salvador, la brise marine berce tranquillement mon hamac, les enfants font la sieste car leur baignade matinale les as épuisés et je garde un oeil attentif à l’horizon afin de pouvoir avertir Geneviève si les baleines reviennent s’amuser près des rochers. Bref, nous sommes en quarantaine forcée pour 30 jours et ne pouvons pas sortir. Mais il y a à peine quelques semaines, la vie était bien différente et nous n’avions aucune idée que nous passerions bientôt (au minimum) 30 jours sans bouger dans un petit coin de paradis. Certes nous savions qu’il y avait un nouveau virus qui faisait les rondes mais jamais nous n’aurions imaginés que la situation progresserait si rapidement que toute la région d’Amérique Centrale fermerait ses frontières et ses aéroports.

La vue de ma piscine à partir de mon hamac. Oui, vous pouvez m’envoyer chier.

Revenons donc un peu en arrière, nous étions toujours au Guatemala à l’aéroport de Guatemala City à attendre l’avion de mes parents: Richard et Thérèse. Geneviève et moi avions certes hâtes de les revoir mais ce sont Isaac et Loïc qui étaient remplient d’une énergie nerveuse à l’idée de revoir leurs grands-parents adorés (et de pouvoir les câliner pendant près de 10 jours). La réunion fut joyeuse et quelques larmes furent versées par plusieurs membres du groupe, ensuite nous avons piqués vers la côte.

Un mètre de viande

Nous avons profité de la longue route pour s’arrêter et faire découvrir une excellente chaîne de restaurants locaux à mes parents: Los Cebollines (les échalottes). Ici nous avons dévorés un mètre de viande (oui, oui, un MÈTRE). Le ventre plein, nous avons continués le chemin jusqu’à Monterico et notre charmante petite maison en bord de mer.

Bon, euh, “charmante”. L’emplacement était bien et la disposition des pièces était excellente mais l’exécution de la construction et l’entretien étaient largement déficients. Je ne nommerai pas tous les points négatifs, au lieu je me contenterai de donner un exemple qui illustre bien le problème global: la piscine. Ce n’était pas une piscine car il n’y avait ni système de recirculation de l’eau ni système de filtration. (Presque) Tous les jours, quelqu’un venait vider un peu d’eau de la piscine et en remettre un peu. Ce n’était donc pas une piscine mais une énorme baignoire d’eau stagnante.

Néanmoins, nous avons passés 9 jours splendides et mémorables en famille. La plage était déserte 99% du temps, la météo a été impeccable, une brise fraîche venant de la mer venait atténuer la température qui montait souvent dans les 30 degrés, nous avons pris de belles marches et faits quelques belles petites excursions, j’ai cuisiné (poulet Général Tao!!!) et la bouteille de rhum de 15 ans achetée pour l’occasion était excellente. Les enfants ont passés la quasi totalité de leur temps collée sur leurs grand-parents à jouer, colorier, nager et… dormir

Ce qui est surprenant c’est que c’était la première fois depuis que les enfants sont nés qu’ils ont eu la chance de passer autant de temps avec leur grands parents (parce que Geneviève et moi avons la mauvaise habitude de déménager loin de la famille) et je crois que les petits ont soif de plus d’expériences similaires. Ça nous motive certainement à se relocaliser plus près de nos familles respectives lorsque ce voyage sera terminé.

Richard et Loïc

Ayant terminé notre séjour à la ville en bord de mer, il fallait au moins visiter un peu le pays. Nous avons donc empruntés une route secondaire pour profiter de points de vues spectaculaires des volcans du Guatemala et faire un petit pit-stop à Antigua Guatemala. Une belle ville coloniale qui possède également une merveilleuse qualité (selon les enfants et Geneviève): il y a tout plein de succursales de Pollo Campero! C’est une chaine de restaurants de poulet frit qui écraserait PFK dans une compétition du meilleur poulet frit. Nous avons donc initiés mes parents aux vices du poulet frit centre-américain. Pour citer Loïc: “ Mmm… Pollo Camperooooooooo! Delicioso!”

Il fut toutefois bientôt le temps d’aller déposer mes parents à l’aéroport, mais en me brossant les dents avant de reprendre la route j’ai remarqué que j’avais maintenant un énorme abscès à l’endroit où je m’étais fait opérer il y a deux semaines (une apicoectomie pour enlever une racine de dent infectée). Pas bon du tout! Donc, dans la même journée nous avons conduis jusqu’à Guatemala city, déposés mes parents puis reconduis jusqu’à Antigua Guatemala pour revoir mon dentiste. Nous avons patientés plus d’une semaine à Antigua afin de tenter de régler le problème mais en vain. Finalement, nous avons optés de nous rendre au Salvador, pays où il n’y avait aucuns cas confirmés de Coronavirus. Les problèmes de pandémie semblaient à ce moment limités aux pays développés ayant beaucoup de voyageurs d’affaires aisés et celà semblait la chôse la plus sûre à faire puisque les États-Unis et le Canada voyaient une explosion des cas.

C’est donc en pleine confiance que nous avons traversés la frontière du Salvador… et que quelques heures plus tard, sans préavis, le Salvador a fermé ses fontières et son aéroport. Le Guatemala et le Nicaragua ont également fermés leurs frontières aux alentours du même moment. Nous nous sommes donc retrouvés au Salvador sans possibilité d’en ressortir, mais avec 0 cas de coronavirus. Alors tout n’était pas mauvais! Nos (més)aventures au Salvador feront l’objet d’un article séparé car… il y a beaucoup à dire sur le sujet. Je vous donne un aperçu: pendant quelques heure j’ai eu peur de me retrouver séparé de Geneviève et les enfants pour 30 jours, enfermé dans une petite pièce sombre.

À la prochaine!